Ici l'herbe ne repousse pas, l'espoir non plus et l'herbe encore moins du coup.
Enfin, j'arrive dans la place. Le bâtiment est comme tous les autres, assez modeste mais il y a un style que j'aime bien, un peu marron/rouge qui me fait réaliser que je ne suis pas chez moi avec toutes les plantes/arbres autour que je ne connais pas.
Je suis au premier étage ! La valise de 20kg plus mon sac de 15kg commencent à me peser car je les porte depuis un bout de temps, je pense enfin atteindre la tranquillité et la plénitude, oh oui une belle plénitude savoureuse, le repos du juste, la coupe du charpentier qu'on donne au pénitent.
C'était un taudis, vide par dessus le marché !!!! Une table, un canapé, un frigo bon ok, ensuite la chambre eh bien je dors sur du bois ! Eh oui du bois ! Ils doivent penser me tromper en mettant un drap sur les lattes mais je ne suis pas dupe, mon dos en porte les séquelles...
Je regarde la cuisine, un évier rouillé, un micro onde qui a bien connu l'ère glacière, et c'est tout ! Pas une plaque, pas une assiette, pas un couteau rien rien rien rien rien !!!! Appartement équipé en chinois ça veut sûrement dire grosse enfilade en français à mon avis. Mais attendez attendez on va rire. Car il y a les toilettes aussi ! Et les toilettes, elles sont littéralement sous la douche, sur un sol plat avec une mini évacuation des eaux, chaque douche résulte en une flaque de 5cm de hauteur sur toute la surface de la salle de bain, je risque l'électrocution pour être propre en somme. Cloclo j'arrive ! Avec moins de classe peut-être, mais tout autant de panache. C'est la désillusion totale, comment rester un an ici ? Sans rien ? Avec un si mauvais accueil ? Si peu de considération et un irrespect total pour les profs étrangers ? Car oui, on est tous à la même enseigne et les fournitures, j'apprends plus tard que c'est à nos frais car ils ont la fâcheuse tendance à tout jeter quand tu pars sauf si tu resignes pour l'an prochain, des trucs neufs, chers et pratiques, hop ça dégage ils balourdent absolument tout ces cons !
Nan mais quand même faut vraiment être taré. Avec le voyage dans les pattes, une fatigue incommensurable et ça, je dois préparer 4 heures de cours pour demain 8h. Vous voyez la nuit blanche arriver ? Moi oui et je l'attends nu accroché sur ma croix, je me suis cloué moi-même pour gagner du temps et siffler "Always look on the bright siiiiide of Jules".
Cette arrivée m'a coupé la faim je peux vous le dire, je n'ai rien mangé jusqu'au lundi midi. Pris dans la tourmente de préparer 4h de classe pour des étudiants dont je connais à peine le niveau avec les yeux qui se ferment et une envie de rentrer. J'ai l'impression que mes efforts sont vains, que j'ai perdu de l'argent et du temps dans cette merde, que je me suis trop vendu du rêve et que j'ai quitté un confort pour me faire chier un an dans projet qui va de pantalonnade en pantalonnade. Ah oui c'était pas la joie ! Pas du tout ! Heureusement un coup du destin, tel un vol d'oie sauvage vint éclairer ma lanterne. Les ténèbres sont devenus gris, inimaginable vu la situation mais c'est pourtant vrai ! Le pénitent allait-il pouvoir passer ? Réponse dans la rubrique "L'aventure " article "Mes deux oies laquées".